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Le Nutri-Score, un indicateur médiocre

De A à E, beaucoup de nos denrées sont désormais notées, de la première de la classe à la moins recommandable pour notre santé. J’ai mené mon enquête : si l’idée séduit, elle n’est pas pour autant gardienne d’une alimentation saine.

L’avènement d’un outil rassurant

C’est en 2017 que le Nutri-Score a vu le jour en France, suite aux travaux du Professeur Serge Hercberg, de son équipe, du Haut Conseil de la Santé Publique et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Développé pour faciliter la compréhension des informations nutritionnelles par les consommateurs, l’indicateur arc-en-ciel a été introduit dans le but de guider nos choix au magasin vers de meilleurs produits, et de lutter contre « le cancer, l’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires » selon le Professeur.

Malgré une forte opposition de l’industrie agro-alimentaire, le projet voit le jour, encadré par la loi de modernisation du système de santé adoptée en 2016, et les entreprises Fleury Michon, Auchan, Intermarché et Leclerc s’engagent à placer le Nutri-score sur les aliments de leur marque. Plusieurs pays de l’Union européenne se sont par la suite joints au mouvement.

En 2019, l’Assemblée nationale adopte une proposition de loi visant à rendre obligatoire le baromètre sur les annonces publicitaires faites à la radio, à la télévision et sur internet. Les annonceurs ont possibilité d’y déroger en versant une contribution financière à l’Agence nationale de santé publique. Bref, votre santé est tout à fait monnayable.

Informer sur qualité nutritionnelle, et rien d’autre

Si l’on s’en tient à une définition l’Académie française, la qualité nutritionnelle correspond à « l’équilibre nutritionnel, conforme aux besoins de l’organisme ». [email protected] précise qu’il s’agit des « capacités d’un aliment à répondre aux besoins journaliers ». Je pense que vous commencez à saisir le sens de mon propos : la qualité nutritionnelle n’est pas suffisante pour déterminer si un aliment est sain ou non.

Plus exactement, le score varie sur la balance en fonction de critères précis : l’apport calorique pour cent grammes, la teneur en sucre, sel, graisses saturées, fruits, légumes, légumineuses, oléagineux, huiles, fibres, protéines.

Ainsi, la présence d’additifs et de pesticides, le degré de transformation passent à la trappe. Ceci justifié par le fondateur du Nutri-score : « Ce n’est pas quelque chose qu’on peut reprocher au Nutri-score. Aujourd’hui, on n’est pas capable, scientifiquement, d’agréger toutes ces informations dans un indicateur unique ».

Les conséquences d’un baromètre incomplet

Comment est-il envisageable de trouver dans nos magasins un Nutri-score à valeur D pour de l’huile d’olive extra-vierge (parce qu’elle est grasse, ce qui est logique), tandis que le Coca-Cola sans sucres arbore fièrement un B ? Le premier favorise la production de bon cholestérol, prévient les maladies cardiovasculaires (ce que tient tant à combattre le Professeur Hercberg), tandis que le second n’apporte aucune énergie utilisable, ni aucun nutriment utile pour le corps.

Le tour de magie est simple. Le Coca-Cola basique étant très mal positionné au sein du Nutri-Score, ses concepteurs ont retiré le sucre, pour le remplacer par des édulcorants. Le terme édulcorant fait référence à des ingrédients chimiques destinés à modifier le goût des aliments, pour leur donner une saveur sucrée. Cela pose deux problèmes : le premier étant que ces substances favorisent l’apparition de cancers et maladies en tous genres. Deuxième point, les édulcorants trompent notre cerveau en lui faisant croire qu’il consomme du sucre, ce qui engendre une réelle envie de sucre, ce dernier étant connu pour ses propriétés addictives. En résumé, un tutoriel pour passer d’un Nutri-score E à B : enlever le sucre, ajouter des imitations chimiques.

C’est dans cette logique que des produits industriels ultra-transformés prennent place en haut du classement, et même des produits McDonald’s. La firme affiche désormais le Nutri-score de l’ensemble de ses produits en vente, et on peut lire sur leur site leur volonté de faire « la chasse aux matières grasses ». Il est essentiel de rappeler que certaines matières grasses sont bonnes et vitales pour notre santé, consommées en quantités raisonnables. D’ailleurs, le principal du diabète n’est en réalité pas le gras, mais le sucre. Bref, le consommateur peut désormais se diriger vers le burger « Signature Charolais », noté A, pensant faire un bon compromis entre plaisir et nourriture saine. Que nenni !

Enfin, je suis allé enquêter au supermarché le plus proche de chez moi. A l’entrée du magasin, on retrouve un sandwich Sodebo au poulet rôti. Le Nutri-score B m’attire l’œil : problème, en retournant le paquet, ce n’est pas moins de 12 additifs contenus dans le triangle.

L’affaire Roquefort

Au sein des grandes entreprises, la Confédération générale de Roquefort s’insurge contre la note de E attribuée à son fromage. Pour cause, celui-ci contient du sel et des graisses saturées (même traitement que pour l’huile précitée).

Or, le Roquefort, si l’on s’en tient à l’emballage, est un produit peu transformé contenant très peu d’additifs. La marque défend son produit en rappelant qu’il respecte « des recettes traditionnelles strictement encadrées par les cahiers des charges des AOP* ».

Notable encore, le calcul nutritionnel du Nutri-score s’effectue sur 100 grammes de Roquefort, tandis que la portion de fromage journalière recommandée par les nutritionnistes est de 30 à 40 grammes (trop gras, voire trop salé au-delà). L’indicateur (qui pourrait devenir obligatoire) semble ainsi inadapté ou devrait être calculé en fonction de la quantité réelle consommée dans la journée.

L’avenir du Nutri-score

Une initiative « pro Nutri-Score » a été lance en 2019 par 7 organisations de consommateurs, dans l’objet de le rendre obligatoire en Europe, dans un souci d’uniformisation.

Le 26 juillet 2022, la gouvernance transnationale a également adopté une révision de l’algorithme, visant à rendre le Nutri-score plus juste. Dans sa nouvelle version, il identifierait mieux les poissons gras, huiles les plus pauvres en graisses saturées comme sain. L’idée serait également de mieux différencier les produits laitiers, les aliments complets ou raffinés, et de limiter le score maximum obtenu par quelques produits transformés.

Glossaire

AOP : signe commun à l’Union européenne, l’Appellation d’origine protégée désigne un produit dont les étapes de production sont caractérisées par un savoir-faire reconnu au sein d’une zone géographique.

En définitive, le Nutri-score est un indicateur incomplet, et trompeur pour un consommateur non averti. Il est possible de se demander, à l’heure où les consciences s’éveillent, de l’intérêt bénéfique de cet outil. Dans tous les cas, la meilleure manière de se faire une idée sur une denrée est de retourner l’emballage, et de lire le dos de l’étiquette.

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Benjamin

Instagram : benjamin_angot

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